Translate

jeudi 19 mai 2022

Jean-Louis Gouraud fou de cheval

100 chroniques sur le cheval en lien avec l'actualité



 Avec "Fou de cheval, mignon petit livre à emporter partout (éditions Arthaud Poche), Jean-Louis Gouraud nous donne 100 bonnes (et mauvaises raisons) d'aimer notre animal préféré. Militant de la valorisation du cheval dans tous les domaines, il persiste et signe :  "Il n'est pas absolument nécessaire d'être fou pour aimer les chevaux. Autrement dit, être fou des chevaux n'est pas forcément un signe de folie. J'oserai même dire l'inverse : c'est plutôt, par les temps qui courent, un signe de sagesse".

Le ton est donné. Jean-Louis Gouraud va nous démontrer par tous les chemins de traverse qu'il affectionne  combien la fréquentation des chevaux nous aident à ne pas perdre la boule. A garder quelques repères. Par sa vitalité, son énergie, sa spontanéité, sa générosité, le cheval nous aide plus que jamais en ces temps troublés. 

Son florilège de chroniques publiées dans Cheval Magazine nous fait entrer dans le monde du cheval, mais aussi et surtout dans le monde tout court. Un formidable coup de sabot sur notre société contemporaine par un écrivain à la double casquette, encyclopédiste du cheval et de l'équitation et jounaliste d'actualité.

mardi 10 mai 2022

L'incroyable faculté d'adaptation des chevaux

Papete arrive dans sa nouvelle pension
Trois jours! Il ne leur a pas fallu plus de trois jours pour que mes juments Papete et Diana prennent leurs marques dans leurs nouvelles écuries, chez Julien Minetti, à Andernos à dix minutes de la maison. J'étais inquiète car obligée de les séparer pour des raisons de place. A dix neuf ans, Papete a intégré la pension-pré, un immense espace où ils sont 14 à vivre en liberté avec deux distributeurs de foin et deux repas par jour servis dans des espaces séparés. Au début, elle s'est tenue à l'écart des autres. Maintenant, elle a une copine. Elle connait également Noé, un cheval qu'elle a suivi d'Arès à la Brède et de la Brède à Andernos. Au total, je n'ai perçu qu'une seule trace de morsure sur la croupe, déjà disparue. Quand j'arrive, elle vient tout de suite. Quand je la relâche, elle part sans se retourner ni appeler.

Diana, huit ans, garde son rythme habituel, au pré toute la journée et au box le soir. Cette fois, elle est seule dans son paddock mais très proche de ses voisins. Les deux juments se retrouvent pour aller en balade et découvrir les kilomètres de pistes en sable qui entourent les écuries. 

Ce qui me frappe, c'est la facilité avec laquelle elles se sont habituées. Dès le troisième jour, elles ne s'appelaient plus. Si elles montrent de la gaieté à se revoir, elles acceptent facilement d'être raccompagnées chacune de leur côté. Merci Papete, bravo Diana pour votre faculté d'adaptation. La zénitude des lieux vous a certainement aidées!
Le premier jour, Diana la cherche...

 
Les juments sont heureuses de se retrouver pour partir en balade

Dès le deuxième jour, Papete a eu accès au foin sans se faire chasser par les autres

Son abri

Beaucoup d'espace



Diana reste toute la journée au paddock



Elle s'amuse avec ses voisins de paddock





Papete découvre son territoire



Premier repas. Demain, elle aura son mini paddock comme les autres.


Au box, Diana fait du  charme à Julie

Et voilà Noé qu'elle connait déjà...

lundi 25 avril 2022

Mathieu Noirot : un cavalier en mouvement!

Mathieu Noirot sur Thallium à Lège Cap Ferret

  

 Régulièrement classé en Grand Prix National avec Vista du Grasset et Eldorado du Grasset, les chevaux élevés par son père Bernard, Mathieu Noirot a été mon coach pendant sept années de rêve aux Ecuries de la Flouquette, près de Bordeaux. Je le quitte pour intégrer des écuries plus près de chez moi. Mais toujours, je garderai ses précieux conseils et sa présence amicale. En premier lieu : aller avec mon cheval et ne pas le gêner. J'en profite pour réactualiser le portrait que j'avais rédigé pour Cheval Pratique. 

.

« Va avec ! Avec lui ! Suis le mouvement. Accompagne. Pour atteindre un bon niveau et ne pas gêner le cheval, il faut accepter d’aller dans le sens du mouvement. Les coudes, les épaules, les genoux se plient et se déplient pour suivre le cheval.  Si l’on est en retard, on casse le mouvement. Ce n’est plus nous qui suivons le mouvement, c’est lui qui nous rattrape et l’on devient dur ». Le mouvement, c’est l’obsession de Mathieu Noirot. Dans sa vie professionnelle comme dans sa vie sportive, il avance. D’ailleurs, c’est un signe : on ne le voit jamais reculer à cheval. Cet exercice souvent utilisé pour mettre les chevaux sur les hanches ne lui plait pas. « Je n’ai pas envie d’apprendre à un cheval un mouvement contraire à ce que j’attends de lui ».  

A trente-quatre ans, Mathieu Noirot va de l’avant et ne s’arrête jamais. Il vient de mettre son cheval de tête Otello avec lequel il avait fini deuxième du Grand National à la retraite, il refranchit les étapes avec Vista du Grasset, la fille de Centino et le spectaculaire Eldorado du Grasset. Deux  surdoués élevés par son père Bernard avec lesquels il fait des Grands Prix 1,50m. A peine revenu d’un concours à Royan, déjà, il passe le tracteur, va réparer les clôtures électriques, monte ses jeunes chevaux, se plonge dans la comptabilité, s’occupe de ses deux enfants ou fait sauter ses élèves.

Mathieu Noirot dans ses écuries avec Vista du Grasset


Vingt-cinq propriétaires de tous les âges qui font, pour la plupart, du concours de CSO en amateur ou en pro. Mathieu les entraine et les coache en compétition. « Je n’ai pas envie de les faire entrer dans un moule. Je les regarde monter et je cherche ce que l’on peut changer et ce que l’on peut garder. Puis, je donne des conseils par petites touches. Chacun a son sentiment. J’essaie de pousser au plus loin son bon sentiment ». Pour Mathieu Noirot, l’équitation peut se résumer en une équation simple : 50% de technique et 50% de mental. Ensuite, c’est le cheval qui fait le cavalier. « Il arrive que la capacité du cheval limite le cavalier. Il faut en être conscient pour préserver le cheval et ne pas aller à la déception. Quand c’est le cheval qui a un niveau supérieur, il faut améliorer le niveau du cavalier ». Les élèves ont de 18 à 65 ans et pas tous les mêmes objectifs. « Les jeunes cavaliers recherchent la performance. Ils sont plus malléables. Les cavaliers plus âgés ont un autre état d’esprit. Ils sont orientés vers le plaisir et sont plus patients. Pour eux, des petits ressentis deviennent de belles victoires ».

Mathieu Noirot soutient ses élèves en concours


De mars à novembre, les écuries de la Flouquette se déplacent sur les concours de la région. A Lège Cap Ferret, Barbaste, Royan, Mazeray… elles participent de la préparatoire 1,05m au Grand Prix du dimanche après-midi. Mathieu Noirot emmène en moyenne dix-huit chevaux. Il en prend déjà sept dans son camion, plus deux dans un petit camion conduit par Quentin Theas, le cavalier qui le seconde. Les autres viennent en van ou en camion personnel. Une vraie caravane qui se déplace de concours en concours pour deux, trois, voire quatre jours avec la famille, les chiens, les provisions...  « La plupart du temps, je monte moi-même une dizaine de parcours. J’en coache trente ».

Préparer le camion, charger la remorque avec le foin, mettre les protections aux chevaux, puis les embarquer, tracer la route, décharger tout le monde, remplir les seaux d’eau, nourrir, vérifier les couvertures… tout se fait dans le calme, sans geste inutile. Puis, Mathieu fait reconnaitre le parcours aux cavaliers, donne des conseils techniques mais aussi rassure, encourage, gère les échecs… « C’est un sport difficile. Le cheval et le cavalier doivent être prêts au bon moment. La concurrence est rude et les épreuves sont de plus en plus rapides ». Sur le terrain, il en profite pour regarder les chevaux à vendre, toujours en recherche pour lui-même ou pour un client. Ses élèves s’encouragent sur les parcours. Même les petites épreuves ont leur public. Ambiance garantie !

La Flouquette en concours à Barbaste


En concours, Mathieu vit dans son camion aménagé. Sa femme Delphine, cavalière, le rejoint avec Achille et Madeleine. Delphine se classe très souvent en Grand Prix 1,35 m ou 1,40m avec son fidèle Thalium. Comme Mathieu, c’est une compétitrice qui ne vient pas pour se « regarder monter » ou pour « faire un tour de travail ». Mais comme lui, elle va dans le sens du cheval. « C’est ce que j’admire chez Mathieu, dit-elle. Il a toujours le souci de ne pas forcer le cheval. Il l’amène là où il veut aller mais sans le contraindre et sans utiliser d’artifices. Il va progressivement et cherche le moyen de se faire comprendre ».

Il suffit de le regarder monter, lui et ses cavaliers Quentin Theas et Teun Van Osta à la maison. Des mors simples, rarement d’éperon ni de cravache. Beaucoup de feeling dans les doigts et, en préliminaires, une bonne mise en avant. Quand un cheval lui pose souci, Mathieu patiente. « Je ne le prends pas de front. Je poursuis mon idée, je galope. C’est lui qui se fatigue. A un moment, il cède. C’est là qu’on fait le meilleur boulot. La séance d’après, tout va beaucoup plus vite ». Son secret ? Mathieu Noirot laisse fonctionner son cheval et garde la tête froide.  Mathieu ne se fâche jamais, ne se met pas en colère, ne s’énerve pas. Il préfère réfléchir. C’est son père Bernard qui lui a appris. « Je montais le mercredi et le week-end en concours. On ne faisait pas d’exercices. Tout était dans le ressenti et la position. Il n’y avait pas de règles précises si ce n’est ne pas gêner le cheval. On discutait beaucoup. C’est toujours le cas aujourd’hui ». 

Noirot, de père en fils

Céréalier dans le Gers, son père Bernard Noirot a toujours aimé les chevaux. « Mon grand-père m’a offert un premier cheval sans papier. J’ai appris à le monter seul et sans selle. Je ne pouvais pas avoir les deux, une selle et un cheval. Quand j’ai voulu faire du concours, il me fallait un cheval avec des papiers. J’avais douze ans. Mon père m’a confié un demi- hectare en me conseillant de cultiver de l’ail et d’aller le vendre au marché. C’est comme cela que je me suis payé le cheval d’un moniteur qui voulait le mettre à la boucherie ».  Bernard Noirot élève aujourd’hui des chevaux de CSO (élevage du Grasset). Certains ont fait une grande carrière comme Phébus du Grasset qui s’est classé au CSI 5* d’Aix-la-Chapelle sous la selle de Katarina Offel.  Son demi-frère, Otello du Grasset a été le fidèle complice de Mathieu en 1,50. Otello était célèbre pour sa nonchalance au paddock. On l’appelait le grand poney. Mais sur la piste, il était capable de se surpasser. Un chat rapide, souple et puissant. Il est aujourd’hui à la retraite dans une partie du domaine réservé aux vieux chevaux. A douze ans, la grande jument grise, Vista du Grasset prend la relève. Son frère Eldorado suit. Il a démarré sa carrière par quinze parcours, quinze sans faute. La relève se prépare avec d’autres petits du Grasset que Mathieu aime regarder dans les prés. « J’ai beaucoup de plaisir à regarder les chevaux se comporter en troupeau. Cela donne beaucoup d’indications. Dans un groupe de jeunes, on reconnait vite le curieux, le joueur, le timide, le stressé, le confiant… »

Mathieu Noirot, mon top coach!

En concours, Mathieu se compare à un skieur. « On reconnait le parcours avant. Puis, on attaque les obstacles comme s’il s’agissait de portes dans une pente en allant vers eux. On attend et on amortit avec les jambes. On prend le virage à la corde sans casser le mouvement. On glisse tout simplement. Comme le ski, le CSO est un sport d’équilibre et de vitesse ! » Fou de sport, il fait allusion au saut à la perche. « On règle la place de l’appel comme un perchiste. Mais le plus important, c’est l’équilibre et le mouvement ». C’est au pilote automobile qu’il associe la discipline du regard. « Notre regard est très important, d’abord parce qu’il conditionne celui du cheval qui va regarder dans la même direction que nous. Il anticipe la trajectoire que l’on va prendre ». Et de reconnaitre que la capacité de voir ses distances au galop est un talent inné mais qui peut se travailler.  « On parle beaucoup de contrat de foulées. En fait, il faut aborder l’obstacle en situation. Je suis un peu loin, j’augmente mes foulées. J’ai la place parfaite, je ne change rien. Je suis un peu prés, je rétrécis mes foulées ». Comme dans la plupart du sport, l’excellence donne une impression de fluidité, de facilité. C’est ce que recherche Mathieu : faire un parcours propre, coulé. « J’ai envie que cela soit facile pour le cheval ».

Contrairement à certains cavaliers qui font faire une faute à leur cheval juste avant d’entrer en piste pour les faire sauter plus haut, Mathieu ne met jamais ses chevaux en difficulté. « Je crois que moins il touche et moins il a envie de toucher une barre. Le dernier saut au paddock doit ressembler aux sauts en piste ».  Mathieu en est persuadé. Plus le cheval a envie de participer et mieux il sautera. « Aujourd’hui les parcours sont tellement rapides qu’on ne peut plus sauter dans la contrainte », poursuit-il.  Et de rappeler que 400 mètres à la minute, c’est rapide pour aller sauter 1,60m ! C’est pourquoi, il adopte une position en suspension. « Tous les cavaliers de haut niveau montent principalement en suspension avec le bassin proche du pommeau au-dessus de leurs pieds et du centre de gravité du cheval. On se rapproche plus ou moins de la selle dans les abords. Avec les chronos exigés, il faut serrer les courbes. Pas le temps de se rasseoir ! »  

Mathieu Noirot prend le temps de faire plaisir à son cheval

Le mental du cheval est déterminant. « Établir une vraie complicité, c’est primordial. Il faut qu’il soit avec nous !  C’est au quotidien que cette relation s’établit ». Après une bonne séance, Mathieu prend le temps de faire brouter son cheval. « Ces minutes de plaisir qu’on lui donne rendent le travail plus agréable pour lui ». A force de vivre avec eux, Mathieu sait tout de suite si quelque chose ne va pas. « Il ne mange pas ou il mange moins vite, il reste la tête basse, il gratte avec son antérieur… Chaque cheval a sa façon de montrer son mal être. Il ne faut pas passer à côté ».  Garder en forme une écurie de concours passe par des vétérinaires compétents et de bons maréchaux. Une masseuse vient également à l’écurie et différents intervenants (dentiste, ostéopathe, sellier…). « On a la chance d’avoir des paddocks. Les chevaux sont sortis tous les jours. On travaille dans le calme et le respect ».

Le calme, c’est ce qui frappe aux écuries de la Flouquette. Jamais un cri. Pas de musique. Silence, sérénité et… éclats de rire. « Je suis quelqu’un de calme. Je déteste le bruit. Les chevaux aussi ! Ce sont des animaux de silence ».  

Avant une grosse épreuve, Mathieu se retire dans son camion et fait la sieste. Il parle peu, reste dans sa bulle, prend son temps pour se préparer minutieusement et être prêt au moment fatidique ! Là, on peut compter sur lui pour qu’il donne du mouvement et aille chercher le chrono. Avec son cheval. Jamais contre.

 

Une écurie cinq étoiles 

Situées à Saint Morillon, entourées de vignes (Bordeaux et Graves), les écuries de la Flouquette abritent une quarantaine de boxes avec de nombreux et grands paddocks. La carrière Damman, en microsable fibré, irrigué directement par le sol, assure un terrain parfait en toute saison. Un manège et un rond de longe vont venir compléter l’équipement. Les chevaux sont nourris à l’ancienne (mélange d’orge, d’avoine, de fèveroles et de minéraux). Le club house chauffé attends les cavaliers et leurs accompagnateurs. 

Les écuries de la Flouquette

 

Son parcours

A douze ans, Mathieu Noirot voulait jouer au foot. Mais il choisit le concours grâce à Kiss Me, excellente jument qui deviendra la mère de son futur crack. Il passe un BTS agricole option gestion et valorise les chevaux de l’élevage de son père. En 2012, il vend Phebus du Grasset (Cento) à l’allemande Katharina Offel. Phebus se classe cinquième à Aix-la-Chapelle et est revendu 900 000 euros ! C’est la loi du sport. Mais Mathieu Noirot en profite pour aller travailler avec Otello ( fils de Clinton) dans les écuries de la cavalière. Il y monte les chevaux difficiles, apprend la rigueur et le sens de l’organisation qui lui sera utile pour ouvrir ses propres écuries. Avec son père, il achète une propriété de 28 hectares près de Bordeaux. Là où il n’y a que des broussailles, il voit immédiatement où sera la carrière et les écuries. Après huit mois de travaux, la Flouquette accueille ses premiers propriétaires en 2015. Le succès dépasse ses prévisions. Mais déjà, Mathieu Noirot a d’autres objectifs. A suivre !  

 

 

mardi 25 janvier 2022

Voyage chez Bartabas


 

Bartabas dans sa roulotte photographié par Hugo Marty

Écuyer, metteur en scène, écrivain, le maître de Zingaro retrouve ses trois générations de spectateurs pour un « Cabaret de l’exil » festif, fraternel et nostalgique aux couleurs de Chagall. Il y célèbre la vie, la mort, la musique et les mots. Voici mon interview réalisé pour Cheval Magazine (numéro de janvier). 

 

Matin d’automne dans le village de Bartabas, au Fort d’Aubervilliers, à deux pas d’une avenue fantôme. Déjà en selle sur son immense Tsar (1, 95 m au garrot), le visage recueilli, en blouson noir et casquette, Bartabas semble toujours aussi habité. Avec son cheval, il fait corps. Il fait âme. Tout chez eux est intense. Pas, trot d’école, épaule en dedans... Tsar et Bartabas font leurs gammes comme des danseurs, des musiciens. En mettant pied à terre, l’homme a le sourire. A soixante-quatre ans, tout lui réussit ! Son spectacle fait un tabac. Son livre « D’un cheval l’autre » paru chez Gallimard (disponible en poche chez Folio) est un succès. Plus de 50 000 exemplaires vendus ! Et surtout, le tempétueux, le colérique, l’homme au fouet a changé. Il est plus serein depuis qu’il a su trouver les mots. Celui qui s’avoue timide a découvert un nouveau moyen d’expression. Écrire, il ne pense plus qu’à s’y remettre. Facétieux, il nous invite à le suivre dans sa jolie roulotte Asomption rouge et verte au milieu de livres et de notes éparses.

 

Le cabaret de l'exil. Crédit Alfons Alt

Ce joyeux cabaret équestre représente un retour aux sources ?

Après le confinement, on est heureux de retrouver le public, de revenir à un théâtre fraternel, de partager autour d’un vin chaud. Ce cabaret se déclinera pendant quatre ans sur la notion d’exil mais au travers de cultures différentes. Comme il y a trente-sept ans, on retrouve le maître de cérémonie, la forge, les garçons de salle, les oies, le corbillard alambic, l’orgue, les cloches. Les garçons qui accueillent le public de leur singulière manière sont les mêmes. Place aux vieux !

 

Une renaissance qui a pour thème l’exil...

L’exil exige courage et ouverture d’esprit. Au fond, on est tous des exilés. Zingaro signifie Tsigane. Nous nous enrichissons au fur et à mesure de nos pérégrinations. Le cheval est un vecteur pour aller vers cette notion d’exil. Retrouver son odeur, le parfum de corne brûlée, c’est déjà renouer avec nos racines. Les musiques et les chansons rappellent aussi le pays quitté mais jamais oublié. Au-delà de l’aspect festif du cabaret, on peut être amené à réfléchir. Que reste-il de notre culture disparue ?

 

Une mariée sur un cheval de trait cachée sous un dais à traine, un patriarche ventru à toque de fourrure dialoguant avec son cheval en liberté, un petit âne blanc et sa mule à la queue sculptée... Des tableaux de vos anciens spectacles, des images de Chagall… votre spectacle est un vrai jeu de pistes !

 

C’est une suite de visions très construite mais pas dirigiste. Il y a plein de clés mais on n’est pas obligé de les voir. Il suffit de se laisser emmener. Plonger dans la culture yiddish et la musique klezmer des communautés juives d’Europe de l’est. S’imprégner des rituels traditionnels de mariage ou d’enterrement. Écouter les textes à facéties d’Isaac Bashevis Singer portés par le comédien Rafael Goldwaser. Le yiddish, vecteur de la culture juive, a longtemps été la langue officielle de nulle part, la langue de l’exil par excellence. Elle est aujourd’hui une langue mourante, qui renaitra peut-être un jour. Cela amène à réfléchir sur la fin d’un monde mais aussi sa renaissance.

 

Vous semblez plus apaisé, moins sauvage ?

Tsar m’a obligé à la douceur. C’est un infirme. Moi aussi, j’ai été accidenté, à l’âge de dix-sept ans. Un accident de mobylette avec un camion. Je suis longtemps resté à l’hôpital, lui a été immobilisé pendant six mois dans son box. Cela nous rapproche. Son épaule droite est maintenant réparée mais il doit travailler dans une décontraction absolue. Tout comme moi ! C’est un hanovrien croisé oldenburg que m’a déniché un ancien écuyer du Cadre Noir. Un géant aux yeux doux. A sept ans, il a beaucoup d’énergie et il se blesse facilement. Il exige de l’attention. Ce qui m’intéresse c’est la finesse du travail, la qualité de la relation. Aller vers l’épure en enlevant le spectaculaire, les fioritures. Je ne veux plus ni démontrer, ni étonner, ni persuader. L’art équestre est un art majeur. Au travers la relation avec les chevaux, il exprime la relation des hommes entre eux. 

 

Le cabaret de l'exil. Crédit Alfons Alt

Comment permettre au cheval de s’exprimer dans cet art ?

J’essaie de laisser apparaitre la personnalité des chevaux. Dans le dressage classique, le cavalier contrôle tout. Moi, je suis dans le lâcher prise. La beauté peut naître de l’imperfection. L’important c’est l’intention du geste, comment le cheval donne un mouvement, sans peur et sans avilissement. Je veux juste qu’il soit lui-même. Le dressage est une discipline difficile comme tous les sports. D’ailleurs, il me semble que ce sont les courses qui respectent le mieux le cheval car alors, il s’exprime en accordance avec ses instincts. J’aime les chevaux de course. 

 

Revenons au dressage. Dans votre livre « D’un cheval l’autre », vous insistez sur l’importance de travailler au pas.

Le pas est la mère de toutes les allures et le silence, l’air de ceux qui veulent apprendre. C’est la seule allure sans temps de suspension. Au pas, je peux contrôler chaque posé du membre. On peut entièrement dresser un cheval au pas. En quête d’absolu avec des aides très fines, un dos tenu., je pense avec mes fesses. Je ne cherche plus le spectaculaire. Des transitions très rapprochées puis au pas rênes longues, me comblent. Un échange indicible mais tellement rêvé.

 

Vous insistez également sur le respect des soupirs

Dès que mon cheval se contracte un peu, j’arrête et je le laisse réfléchir. J’attends jusqu’à ce qu’il expire. Une inspiration presque inaudible précède une large expiration. Un soupir. Alors seulement, il a le droit de se remettre en avant. Comme en danse, je recherche l’énergie dans la décontraction. Au fond, tout le dressage se résume à cela. Cela demande d’écouter son cheval. L’homme et le cheval s’écoutent. C’est un exercice difficile. Il faut développer son oreille et observer car le cheval s’exprime avec tout son être. Travailler avec un animal qui ne parle pas implique une grande écoute. Entendre son corps, son souffle, sa locomotion. Écouter, c’est comprendre ! 

 

Vous aimez aller écouter les chevaux la nuit dans leurs box…

Le box, la nuit est un confessionnal. Il faut se faire oublier pour mieux les découvrir. Certains rêvent, d’autres trient leurs brins de paille, conversent avec un voisin, baillent ou réfléchissent. Oui, les chevaux apprennent entre les séances. Comme des moines dans leurs cellules, ils méditent. Ils ont le temps. On y voit des choses étonnantes. Je me souviens de Chaparro qui s’efforçait de pousser sa paille à travers les barreaux pour la donner à son voisin qui avait été mis au régime et sur copeaux. Par ce geste de compassion, il bravait l’interdit des hommes !

 

S’ennuient-ils dans leurs box ?

A Zingaro, les box sont alignés sur deux rangées. Les chevaux peuvent se toucher. Ils ont une fenêtre vers l’extérieur. Ils peuvent donc observer les humains. Ce sont des êtres méditatifs. Ce ne sont pas des animaux de compagnie. Ils ne vivent pas à la maison. Il ne suffit pas de les observer. C’est par le travail que l’on arrive à les connaitre. D’ailleurs, nous sommes leur plus belle conquête. A nous de respecter leurs horaires, leurs humeurs et de devancer leurs craintes pour pouvoir les rassurer. On est enchainé à notre cheval. On est son esclave. En échange, il nous donne un travail. 

 

Pourquoi les chevaux et les hommes sont -ils si proches ?

Ils se ressemblent ! Physiquement, ils sont proches. L’un et l’autre n’ont pas beaucoup de potentiel ! Avant d’être homme, l’être humain était une proie facile. L’évolution humaine a été une grande revanche sur la nature. Comme nous, les chevaux sont raides ! Ils ne vont pas aussi vite qu’un oiseau, n’ont pas la grâce d’un félin, doivent se retourner pour se défendre. Comme l’être humain, c’est par le travail qu’ils atteignent la grâce. D’ailleurs tous les chevaux ne sont pas gracieux. C’est ce qui les rend si touchants.

 

Le cabaret de l'exil. Crédit Alfons Alt

Des chevaux de trait, des lusitaniens, des sans papier, des pur-sang arabes... vous vous intéressez à toutes les races ?

Toutes sont intéressantes, il suffit de regarder. Il n’y a pas de mauvais chevaux, seulement des chevaux qui ont souffert. Il faut essayer de comprendre ce qui leur est arrivé. Parfois, on trouve de vrais traumatismes. Le cheval souffre aussi bien dans son corps que dans sa tête. 

 

On vous dit taiseux et pourtant, vous vous livrez dans un livre très intime…

Avec l’écriture, un monde s’est ouvert à moi. C’est la première fois que j’ai pu décrire comment les chevaux m’ont construit, ce qu’il me reste de chacun d’eux…. L’écriture est très proche du dressage car c’est une activité solitaire d’introspection. Une recherche sans fin. Je remue les mots dans tous les sens pour trouver la phrase juste. Les mots souvent servent à se protéger. Les chevaux m’ont appris à comprendre ce qui se cachent derrière les mots des hommes. 

 

Êtes-vous en train d’écrire ?

Je viens de finir mon second récit. Il s’appellera « Les cantiques du corbeau » et paraitra chez Gallimard. Je me rends compte que l’écriture est la seule manière de dire les choses sans avoir à parler... C’est un langage silencieux, comme celui que l’on a avec un cheval. 

 

Travailler avec les chevaux permet de comprendre les hommes ?

Au-delà de l’aspect sentimental, le cheval est notre miroir. Il nous voit tel que l’on est. Il nous renvoie à ce que l’on est maintenant. Il nous révèle à nous-même. Grâce à lui, on n’est plus jamais seul. Alors quand le miroir se casse... Car le temps pour un cheval passe plus vite. Mes chevaux partent les uns après les autres. 

 

Que vous ont-ils appris d’essentiel ?

Les chevaux ont changé mon regard sur la mort. Quand il s’en va, mon miroir est cassé. Que me reste-il ? Qui suis-je ? Je dois accepter l’absence. Accepter comme l’animal accepte la mort. Plusieurs chevaux sont morts dans mes bras et je n’ai jamais ressenti leur angoisse. Le cheval n’a pas peur de mourir. Il a l’instinct de sa fin mais il l’accepte. Seul l’homme a cette angoisse car il a la représentation qu’il n’est que poussière. Alors, il s’invente Dieu ou l’art pour exister au-delà de sa mort. Les chevaux savent mourir, dans la simplicité. Nous, on ne sait pas mourir. On veut tout organiser après notre mort. On a beaucoup à apprendre des chevaux. 

 

Le cabaret de l'exil. Crédit Alfons Alt

A voir

Sa nouvelle création « Cabaret de l’exil » célèbre la culture yiddish et les musiques klezmer d’Europe de l’est. Une invitation au voyage à découvrir autour d’un verre de vin chaud au fort d’Aubervilliers dans le théâtre Zingaro. En raison de son succès, le spectacle est prolongé jusqu’au 27 mars, les mardis, mercredis, vendredis, samedis et dimanches. Tarifs : de 21 à 52 euros. Réservations : www.zingaro.fr ou fnacspectacles.com

 

A lire

« D’un cheval l’autre » est son premier récit, un autoportrait à travers l’histoire des chevaux qui ont marqué sa vie. Ils s’appellent Hidalgo, le Tintoret, Zanzibar, Zingaro, le Caravage... et ils ont modelé Bartabas. L’auteur leur rend hommage dans de poétiques et vivifiants portraits. Par des chapitres courts, emplis de poésie, de passion et de réflexion, Bartabas révèlent les questions qui le taraudent sur les humains, la relation avec le cheval, la vie, la mort... Un cadeau parfait pour tous les amoureux des chevaux. En livre de poche Folio pour 8,10 euros.

 

 

 

 

 

 

 

 

mardi 28 décembre 2021

Le spectacle de Noël au Musée Vivant du Cheval de Chantilly


Retrouvez vos yeux d'enfants au Musée du Cheval de Chantilly

Quel plaisir de renouer avec la tradition des spectacles de Noël au Musée Vivant du Cheval de Chantilly!  Toujours le même enchantement, la jubilation de retrouver son âme d'enfant. Cette année, Sophie et Virginie Bienaimé nous offrent "Alana et la cité d'Opale", un conte inspiré des "Accords toltèques pour les enfants" qui narre la métamorphose d'une petite fille en combattante courageuse. 

Une fresque épique et féministe merveilleusement mise en scène sous le grand dôme des écuries. Les costumes sont somptueux, le spectacle enlevé et surtout, les chevaux sont légers. Contraints au minimum, ils peuvent s'exprimer!

 A Chantilly, les chevaux travaillent dans la bonne humeur et cela se sent. Ils sont rassurés, encouragés, jamais rabroués. Sophie et ses amazones semblent les entourer d'une bulle de gentillesse. Cela change tout et ne gâche en rien l'harmonie du carrousel des amazones, la haute volée de la voltige cosaque et la parfaite exécution des figures.

Preuve que l'équitation et le rapport au cheval évoluent d'année en année. Pour le plus grand plaisir des enfants. Cette année, ceux qui m'ont accompagné avaient de 5 à 78 ans! Et tant de paillettes dans les yeux...

Réservez vite. Le spectacle se termine le 2 janvier. Déjà!

Les photos sont de Pascal Renauldon RB Presse

Eloi Berrichon, l' acrobate aérien



De véritables tableaux





La voltigeuse Marion Levasseur

Trois poneys shetlands très savants

La grâce en liberté

Un conte initiatique


jeudi 11 novembre 2021

Chic, Bartabas revient avec le "Cabaret de l'exil"

 



Bartabas et son corbeau, un oiseau qui l'inspire... Photo Alfons ALT

Trente sept ans après son premier et impertinent cabaret, Bartabas revient avec le "Cabaret de l'exil", un spectacle festif, fraternel et nostalgique aux couleurs de Chagall, porté par la musique Klezmer des communautés juives d'Europe de l'est et les mots d'Isaac Bashevis Singer. 

La magie fonctionne dès l'entrée sur la planète Zingaro et l'accueil par des garçons de salle hallucinés aux rouflaquettes épaisses qui parlent un drôle d'anglais et nous emmènent prendre place en baissant la tête pour passer sous la porte d'un box. Les garçons n'ont pas changé depuis le premier cabaret. "Place aux vieux!" proclame l'affiche du spectacle. On se régale déjà en découvrant les verres sur les tables qui entourent la piste, les oies, la forge et cette odeur de corne brûlée et de clou de girofle. Et voilà le corbillard alambic qui vient servir le vin chaud. Les tableaux (Bartabas dit "visions") se succèdent pour célébrer la culture yiddish, évoquer l'exil, le déracinement, la fin d'une langue. Chaque vision est un tableau onirique et poétique, mis en scène avec un soin minutieux. 

Une suite de tableaux poétiques. Photo Alfons ALT


Jésus a les seins nus et promène sa croix à cheval. Une mariée cachée sous un dais est emmenée par un cheval de trait. Sous un masque de corbeau, Bartabas monté sur son immense Tsar (1,95 m au garrot) est plus intense que jamais. Et voilà un patriarche ventru et sa toque de fourrure qui dialogue avec son pur-sang arabe en liberté. Un petit âne blanc et sa mule, les cloches, l'orgue, une voltigeuse sublime... Rien n'est trop beau pour renaitre et pour célébrer la vie, la mort, la musique, les mots... Chaque tableau donne du rêve mais aussi des clés. "Que reste-il de notre culture disparue? dit Bartabas. Cela amène à réfléchir sur la fin d'un monde mais aussi sa renaissance". 

Du mystère... Photo Alfons ALT


Bartabas le furieux est devenu profond et facétieux. Un régal! A la sortie du spectacle, un grand feu prolonge l'enchantement. En raison de son succès, le spectacle se jouera jusqu'à fin mars. 

www.zingaro.fr

Et bientôt ma longue interview de Bartabas dans Cheval Magazine. 

Au village de Bartabas, Fort d'Aubervilliers


lundi 11 octobre 2021

Une séance photos comme cadeau

Diana aux écuries de la Flouquette
Pour mon anniversaire, ma fille Elodie m'a offert une séance photos avec mes chevaux. Au début, j'étais un peu intimidée. Elle m'a rassurée. "La photographe est géniale, elle va te mettre à l'aise, trouve des idées".

 Elle s'appelle Chloé Hanoulle et dès que je l'ai vue, je me suis tout de suite sentie à l'aise. Chloé est une cavalière qui photographie les chevaux depuis sa plus tendre enfance. Aujourd'hui, 90% de son activité de photographe est tournée vers les chevaux. Tous les week-ends, elle arpente les terrains de concours, le reste du temps, elle les photographie avec leur cavalier ou leur cavalière, ceux ou celles qui les élèvent, les éduquent... "Grâce à leurs chevaux, les gens s'ouvrent. Ils racontent leur histoire, leur relation et ils perdent toute timidité", dit-elle.
Chloé Hanoulle, photographe inspirée et inspirante

Voilà donc le résultat d'une séance avec Chloé. C'est l'occasion de parler de mes trois stars. Diana du Grasset, la plus jeune, une jument à deux faces. Face 1, la mère tranquille, un peu flemmarde, elle cache son jeu, s'économise. Face 2 : l'explosive, la fougueuse, pleine de sang et d'énergie. Ce qui m'a le plus déstabilisé avec elle, c'est sa capacité à passer d'une face à l'autre, sans délai ni signe annonciateur. Je commence enfin à m'y faire. C'est la plus douée de tous les chevaux que j'ai monté. Elle est devenue très fine, tellement réactive, sérieuse et à l'aise à l'obstacle. J'ai toujours cru en elle. Un peu moins en moi. Je crois maintenant au couple que l'on forme. 
Qui se ressemblent s'assemblent?

Diana, la fille de Phébus du Grasset

 Papete, un amour de petite jument donnée par une amie chère pour notre fille, elle a fait la joie de Pierre et la mienne. On l'a longtemps appelé "la sursauteuse". C'est maintenant une jument modèle qui donne tout pour peu qu'on lui demande gentiment et dans le bon timing. A dix-huit ans, elle est toujours en forme. Pour le moment, elle ne montre aucun signe de vouloir prendre sa retraite. CSO, balade, travail sur le plat, elle dit toujours oui avec enthousiame.
Papete du Kreisker, un amour !

Beaucoup de travail à pied au début pour gagner sa confiance

Papete parfaite dans son rôle...

 Mistria, ma jument de coeur, ma "vieille", vingt-deux ans déjà et toujours ses grands yeux confiants, sa façon bien à elle de se reposer dans mes bras, son caractère "régnant" sur les êtres et sur les choses. La reine vit maintenant au pré, à la sauvage avec d'autres retraités et semble aimer cette vie là. 
Mistria du Lavillon m'a tout appris

Elle a vécu de longues années à la maison avant de revenir au pré


Bref, Elodie m'a offert le plus beau des cadeaux. Un souvenir extraordinaire de mes juments de coeur. Une idée géniale! Le plus dur? Choisir entre les différentes images. Entre mes juments, je ne peux pas!

 Pour contacter Chloé Hanoulle, allez sur son site equiphot

dimanche 8 août 2021

JO : Pentathlon moderne : arrêtons le massacre!

 

Annika Schleu au J.O. Photo AFP

Pauvre Saint Boy! Les coups de talon, la cravache, les abords approximatifs à l'obstacle, les reprises rageuses, le manque de tact et sa bouche, malheureuse bouche qui passe de mains en mains. Comme si cela ne suffisait pas, il a reçu, avant l'épreuve, un coup de poing asséné par le coach de l'équipe allemande de Pentathlon moderne. Un coup de poing, oui, vous avez bien lu. 

Saint Boy est un cheval tiré au sort. Pendant les JO, il a du enchainer deux parcours à 1,20m avec deux cavalières différentes. Et il n'a pas apprécié. Au deuxième tour, il s'est braqué. Il n'a pas voulu se donner une fois de plus à "sa" cavalière, l'allemande Annika Schleu. C'était peut-être une future championne olympique. Mais il ne la connaissait pas et il ne la reverrait jamais. L'allemande avait beau pleurer, il ne voulait plus sauter dans ces conditions. Il a dit non et il a eu bien raison. 

Honte au commentateur de l'avoir traité de carne. Quant à sa cavalière, au lieu de pleurer sur sa médaille, elle pourrait se demander pourquoi ce cheval en a eu tellement marre. Elle pourrait s'interroger : est-il légitime de prendre un cheval pour une mobylette? Montre-t-elle une belle image de l'équitation au monde? Sait-elle qu'être une cavalière c'est faire couple avec son cheval. C'est l'avoir entrainé. Le comprendre et en être compris. Savoir le rassurer quand il a peur, le calmer quand il est excité, lui donner envie de se surpasser...

Si le Pentathlon se veut moderne, qu'il assume et que chacun monte son propre cheval, avec lequel il s'entraîne toute l'année.