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samedi 16 août 2014

Cédric Villani fait parler Bartabas

Le mathématicien  Cédric Villani a l'art de faire parler Bartabas. Dans "Comment conjuguer passion et création"(éditions Favre), les deux personnalités se renvoient la balle sur leurs itinéraires respectifs, l'imagination, la création, l'inspiration...

De quoi passionner les cavaliers qui cherchent leur voie, ceux qui doutent, ceux qui se lancent des défis et tous les artistes en quête d'inspiration.

En devisant avec le mathématicien, Bartabas se révèle sans emphase ni colère. Il raconte ce que lui a apporté le cheval.
"Les chevaux m'ont appris à respecter mon instinct, à faire confiance à ce que je ressens sans trop réfléchir entre guillemets. Il s'agit de baigner dans un état d'alerte... "

L'homme de spectacles confie également ses doutes de créateur, doutes dont il ne doit rien laisser paraître au cheval.
"Face à un cheval, il ne faut pas douter parce que dès qu'on doute, le cheval ne comprend plus rien du tout. Il faut arriver à l'emmener quelque part tout en laissant les portes ouvertes à des propositions". 


Cédric Villani parvient à faire rire Bartabas lorsqu'il compare les chevaux aux mathématiques. Bartabas redevient aussitôt sérieux. "Il s'agit de savoir écouter le cheval-d'autant plus qu'il n'a pas accès à la parole- écouter son corps, la mémoire de son corps, les propositions du corps de l'autre, c'est ce que j'appelle des "entretiens silencieux". Tout-à-coup le travail quotidien, le prétexte qu'est la gymnastique quotidienne permet à l'esprit de batifoler..."

Cédric Villani renchérit. "Si on veut développer sa créativité, il faut commencer par intégrer toute la partie tecnhnique, la rendre autant réflexe que possible, de façon à ne plus avoir à y penser..."

Sur les contraintes de la création, Bartabas insiste sur les bases du travail avec le cheval  (l'écoute, l'amour, l'attention, le respect des étapes). "Si le chemin est juste, le résultat est intéressant".

L'homme de cheval et le scientifique s'accordent sur le rôle motivant des contraintes.  "Souvent les contraintes vont accroître les possibilités d'expression artistique" argue Cédric Villani.

Pour Bartabas, la contrainte la plus difficile est le temps de concentration du cheval qui ne dépasse pas 20 minutes par séance.

Les deux personnalités se rejoignent encore sur l'indispensable naïveté dans le processus de création. "Trop savoir annihile la création, dit Bartabas. On se sent tellement petit par rapport à tout ce qui a déjà été réalisé avant soi qu'on n'ose plus rien faire". Cédric Villani montre comment de grands problèmes ont été résolus par des gens qui ne savaient pas que c'était impossible! "Il y a un moment où il faut s'arrêter de penser et travailler d'instinct" poursuit Bartabas.
"D'une part, il faut se lancer tête baissée, d'autre part il faut laisser l'objet ou le projet mener sa vie propre", répond Cédric Villani.

Le mathématicien alterne les périodes d'énergie et de doute. "On passe par des phases de déprime, des phases d'avancées, des hauts et des bas, et enfin des moments où on rebondit grâce à tel ou tel collègue comme dans un coup de théâtre  Mais sans arrêt il y a ce doute: "Comment faire? Est-ce qu'on va y arriver? On ne sait pas mais il faut foncer...."

Bartabas poursuit sur le mal être du créateur et son besoin visécral de créer, et cela à n'importe quel prix.

Il reconnaît que les chevaux lui ont énormément appris sur la vie. "La première chose qu'ils m'ont apprise c'est de vaincre ma peur de l'inconnu. Et ça m'a beaucoup servi dans la vie. Ne pas avoir peur de l'autre, aller à la rencontre d l'autre. Mon premier souvenir de ma rencontre avec un cheval c'est ça: arriver à vaincre ma peur". 

Un dialogue riche et percutant. A lire et à offrir! En plus,  les droits d'auteur seront versés à l'association ROPKA pour la scolarisation des enfants défavorisés du Tibet. 

Bartabas présente son spectacle dans le nord et propose de vous faire lever tôt les 30 et 31 août. Lien pour en savoir plus. 



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