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lundi 22 juillet 2013

Poursuite du voyage en Camargue par la lecture de "La bête du Vaccarès"

L'étang de Vaccarès, 1500 hectares dont le nom aurait pour origine les nombreuses vaches sauvages qui paissaient sur ses rives
Belle découverte que ce chef d'oeuvre de Joseph d'Arbaud, poète et guardian à la plume enjôleuse et propre à créer le mystère. L'action se passe au XVe siècle dans la basse Camargue. Un guardian découvre des empreintes qu'il n'arrive pas à attribuer à un animal qu'il connait. Intrigué, il les suit. Elles le mènent à un animal étrange, mi homme mi bouc. Commence alors une relation faite d'attirance et de répulsion pour celle qu'il appelle "La bête".


Cette nouvelle magnifique est l'occasion de découvrir la façon dont on dressait les chevaux à l'époque.
Voici un extrait (p 101) traduit du provençal par l'auteur lui-même.

"Je l'attachai, dès le premier soir, derrière ma cabane en lui apportant pour patûre quelques-unes de ces gerbes de roseau sec que, dans la belle saison, chaque année, je fauche et que je mets à part en vue de l'hiver, pour mes chevaux de monture; Le lendemain, après avoir raccourci son lien, je lui bandais les yeux avec précaution et, ayant immobilisé une de ses jambes de derrière en la relevant au moyen d'une corde, par un noeud spécial, qui se nomme le hausse-pied, je me mis en devoir, malgrè ses ronflements, ses tremblements, ses sueurs et autres contorsions coutumières aux poulains sauvages, d'installer sur son dos la selle pour l'habituer à souffrir le poids du harnachement."

Les méthodes d'éducation du cheval ont bien évolué depuis cette époque!  Bien entendu, je vous laisse découvrir la fin. Toute la Camargue est dans ce livre avec la vie des chevaux, des taureaux sauvages et des guardians à travers les quatre saisons de l'année.

L'édition de Grasset s'accompagne du "Regret de Pierre Guilhem", un conte cruel dont l'action se déroule dans les arènes d'Arles, un jour de corrida espagnole. L'auteur nous emmène dans les desssous des arènes, au fond des écuries. Là, de pauvres chevaux, des vieux, des rescapés, des misérables, sont promis à la mort. Un oeil bandé, le corps recouvert d'un caparaçon, ils sont sacrifiés sans vergogne ni remord au taureau. Ce ne sont déjà plus des chevaux. Ils ne sont plus les compagnons de travail du guardian. Seulement des "rosses".

p 255
"Un camargue, un cheval né sur le pâturage qui connait le danger comme un homme, qui, toute son existence, a couru le taureau sauvage, le pousser en public sous la corne, à coups de trique et l'oeil bandé? C'est une abomination qui ne devrait pas être permise".


En quelques pages, l'homme de chevaux, l'homme de taureaux qu'est Joseph d'Arbaud se met à la place de l'un et de l'autre dans l'antichambre de la mort. En décrivant en détail mais sobrement, le travail des hommes de service des corrals, la brutalité des fournisseurs de chevaux, l'aveuglement des picadors, il signe un plaidoyer vibrant. De quoi faire réfléchir tous les afficionados et donner des arguments aux partisans de l'interdiction des corridas.

Lire aussi mon article dans le prochain Cheval Magazine d'août

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